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  table ronde à El Moudjahid
Parlementaires, représentants du mouvement associatif autour d’une table ronde à El Moudjahid consacrée au rôle de la société civile et du mouvement associatif dans le processus démocratique : Pour la garantie et la consolidation du processus démocratique
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image Ph. : Louiza
Le Centre de presse d’El Moudjahid a organisé, hier, une table ronde consacrée au rôle du mouvement associatif et de la société civile dans la consolidation du processus démocratique.
Autour de cette table ronde, on a retrouvé Mme Saïda Benhabylès, ancienne ministre de la Solidarité nationale et présidente d’association, M. Ramdane Tazibt, vice-président de l’Assemblée populaire nationale, M. Mohamed Khodja, membre du Conseil de la nation, président de la commission de la culture, de l’information, de la jeunesse et du tourisme, M. Moudjahed Smaïn, secrétaire général de l’Union générale des étudiants libres. Des représentants du mouvement associatif, des représentants d’institutions publiques, juristes et des représentants de médias étaient présents parmi l’assistance.
Nécessité de revoir les termes de la loi
Le ministre de l’Intérieur avait, il y a quelques semaines, affirmé la nécessité de réviser la loi sur les associations. Il affirmait qu’il était impératif de réviser les modalités d’accréditation des associations et définir leur champ d’intervention pour pouvoir atteindre les objectifs escomptés en la matière.
Pour le ministre, le pays a besoin d’associations crédibles, qui s’engagent à travailler avec les communes et les wilayas pour améliorer le quotidien des citoyens. 95% des associations agréées n’ont jamais présenté de rapport officiel sur leurs activités tel que prévu par la loi, signale le ministre. La majorité d’entre elles n’ont jamais présenté leur rapport financier. Les rejets d’agrément sont expliqués, par l’orateur, comme étant dus à des dossiers incomplets ou non valides ou encore lorsque la raison avancée par le demandeur est incompatible avec le champ d’action de la société civile. M. Zerhouni avance le chiffre de 78.000 associations à 2005, chiffre en progression (30.000 en 2001) et atteint aujourd’hui en termes d’associations agréées 81.000 environ.
Cette situation, fait remarquer le ministre, montre que généralement les demandes sont satisfaites. Le ministre a affirmé qu’il n’y a pas de raison qui s’oppose aux activités à caractère associatif, affirmant qu’il y a des associations qui demandent des autorisations pour récupérer des dons envoyés par certains pays que l’on retrouve ensuite sur le marché. Le ministre a eu l’occasion de manifester son mécontentement à l’égard du mouvement associatif en général.
L’absence du mouvement associatif
En évoquant les récents événements de Berriane, Chlef, Oran, il a marqué son étonnement face à l’absence des associations face à ces événements. La wilaya de Chlef compte pourtant plus de 1.700 associations, Ghardaïa avec une population de 300.000 habitants, en compte plus de 1.800 et Oran plus de 3.000, dont 622 sportives. En conclusion, M. Zerhouni note qu’une expérience de 15 ans d’activité associative a montré qu’à l’exception de certaines associations, la majorité reste absente.
Mme Benhabylès affirme, dans son intervention, partager le constat fait par le ministre de l’Intérieur. Si l’oratrice dresse, elle aussi, un bilan mitigé du rôle de la société civile dans notre pays, elle ne manque pas de rappeler combien a été capitale et salutaire à la fois la contribution de cette même société civile dans la lutte antiterroriste durant la période où ce terrorisme sévissait.
Pour l’oratrice, le danger pour le mouvement associatif et la société civile, d’une façon générale, vient des risques que peuvent procurer d'éventuelles attaches partisanes.
La conscience du pouvoir
Le mouvement associatif doit pouvoir rester comme la conscience du pouvoir, dit-elle. Certaines associations ne survivent que grâce à des actions de sponsors algériens. L’ancienne ministre affirme avoir saisi le ministre de l’Intérieur et fait des propositions allant dans le sens de l’amélioration de la situation. Elle propose notamment la création d’un espace informel qui regrouperait des personnalités non partisanes, capables d’arriver à un état des lieux et proposer une nouvelle stratégie pour la promotion de la société civile en Algérie.
L’ancienne ministre affirme être fière de faire partie de cette société civile. Ce qui manque cruellement pour l’oratrice, c’est un réelle coordination. Elle relève que la société civile, ce sont notamment des associations implantées à travers les villes et villages du pays censées être les représentants réels de la société algérienne. L’oratrice affirme que les conditions d’exercice des activités sont particulièrement difficiles pour ces associations pour qui aucune porte ne s’ouvre.
Activer l’attention des pouvoirs publics
Cette table ronde, au sujet éminemment d’actualité, est une opportunité pour attirer l’attention des pouvoirs publics. Mme Benhabylès manifeste une forte inquiétude, dit-elle. On a un trésor entre les mains et on sent que ceux qui l’animent commencent à perdre la foi, le courage dans ce qu’ils entreprennent.
Pour M. Tazibt Ramdane, intervenant à son tour, il s’interroge sur le rôle de la société civile face à l’effervescence sociale que l’on constate depuis quelques mois, faisant remarquer qu'il faut différencier entre ce qui est dévolu comme tâche aux organisations professionnelles et celle qui revient aux partis politiques. Le vice-président de l’APN rappelle que le débat sur le rôle de la société civile n’est pas un débat spécifique à l’Algérie,mais s’étend à l’ensemble des pays dans le monde. Beaucoup de ces associations à travers le monde précisément n’ont rien d’autonomes. On peut rappeler quel a été le degré d’ingérence des ONG internationales à un moment où l’Algérie faisait face au terrorisme. Parfois ces ONG sont à l’origine d’interventions militaire en Afrique notamment. L’orateur souligne que l’on a notre propre expérience en Algérie où il y a eu une éclosion d’associations.
La question du financement est au cœur du problème
M. Ramdane Tazibt fait remarquer que la question du financement et au cœur du problème. La question de l’autonomie est également importante. Revenant à ce qui se passe à l’étranger, l’orateur note qu’il existe des ONG qui ont des budgets équivalent à ceux de certains Etats. Dans les années 80, dans la lutte qui se menait en Algérie en faveur du multipartisme, il y a eu émergence d’associations dans lesquelles militaient des personnes ayant une appartenance politique ou non. Il a existé en 1987, une association qui luttait contre le remboursement de la dette extérieure, cela fait dire à M. Tazibt Ramdane que le mouvement associatif ne peut forcément s’exclure du mouvement partisan. L’orateur rappelle que le ministre de l’Intérieur a mis le doigt sur les dangers que pouvaient occasionner certaines associations dans une récente déclaration. Certaines associations sont l’objet de manipulations. L’orateur s’interroge de savoir si un comité de quartier peut s’immiscer dans des questions éminemment politiques, comme celle concernant la révision constitutionnelle. Bien sûr que la réponse est non.
Un rôle aussi large que possible
Les associations doivent avoir un rôle aussi large que possible dans la prise en charge des préoccupations des citoyens, mais le rôle de l’Etat doit être déterminant, certaines associations tiennent en effet un rang principal dans les solutions à trouver aux problèmes que connaissent les citoyens (éducation, apprentissage, etc.), mais on ne peut transférer les compétences de l’Etat à une association. Les associations peuvent néanmoins constituer d’intéressants relais pour  la résolution de problèmes, pour l’approfondissement de la démocratie. L’orateur évoque les concepts de démocratie participative et celle liée à un mandat affirmant que la gestion des affaires de la cité relève des attributions des élus. Les associations ne doivent pas s’interposer dans les choix. Elle ne peuvent non plus régler les gros problèmes.
Intervenant à son tour, M. Mohamed Khodja, note que le thème proposé est d’une extrême importance, sentiment partagé par l’ensemble des intervenants.
Eclosion du mouvement associatif
L’orateur relève que nous nous trouvons face au phénomène de la mondialisation. L’Algérie a accompli des réformes importantes qui ont vu l’éclosion notamment d’un mouvement associatif dynamique. Le concept de la société civile renferme comme définition, la défense du bien-être général. Le mouvement doit agir en se tenant à distance des pouvoirs publics et des partis politiques. Il s’agit d’activités à but non lucratif qui sont la raison d’être du mouvement associatif.
La société civile devient alors le garant d’un certain équilibre dans la société, une sorte de contre-pouvoir au politique pour éviter les dérives toujours possibles.
La société civile, note M. Mohamed Khodja, n’est pas construite seulement d’individus, mais en son sein peuvent évoluer des individus. Le champ actuel du mouvement associatif va au social, sportif et au religieux. On ne peut aujourd’hui, à ce stade, affirmer que l’on a une société civile capable de consolider la démocratie dans le pays. Elle n’est pas suffisamment encadrée pour jouer ce rôle. La société civile doit s’organiser en contre-pouvoir qui est d’un besoin essentiel dans une société. La société civile algérienne a beaucoup mobilisé, mais elle s’est heurtée à une réalité du terrain difficile à gérer. Il faut réassurer la citoyenneté, affirme M. Mohamed Khodja. Aujourd’hui une frange de la population, comme se trouve être la jeunesse, souffre de maux sociaux exceptionnels.
Pas de droits et impossibilité de répondre à des devoirs
Elle n’a pas dans certaines circonstances de droits ou ceux-ci sont ignorés, parfois il arrive aussi que cette jeunesse ne peut répondre à ses devoirs. L’Algérien doit être pris en charge. Il faut que se développe une philosophie citoyenne, une culture citoyenne. Le mouvement associatif peut y contribuer. Dès lors qu’un Algérien ne se sent pas chez lui, il faut se poser la question de savoir si c’est ce n’est pas sa prise en charge qui est en cause, à laquelle doivent contribuer les pouvoirs publics mais aussi le mouvement associatif.
Il faut offrir à notre jeunesse un cadre très fort. S’agissant de la société civile, elle est en état de faiblesse aujourd’hui. Elle doit donc s’organiser et c’est le rôle de l’Etat que de l’aider à y parvenir et la prémunir contre d’éventuelles manipulations, notamment celles venant de l’extérieur.
La société civile un segment de taille en démocratie
Pour le secrétaire général de l’UGEL, M. Moudjahed Smaïn, dans l’Etat démocratique, la société civile en constitue un segment de taille. Si cette société civile ne s’organise pas, fait remarquer l’orateur, elle est perméable alors aux manipulations de celles de l’extérieur notamment.  Comme les autres orateurs, M. Moudjahed Smaïn rappelle que la société civile a apporté une grande contribution à la lutte contre le terrorisme. Mais en ce temps, les objectifs étaient clairs. Aujourd’hui, selon le point de vue du secrétaire général de l’UGEL, c’est la société politique qui empêche la société civile de jouer son rôle. L’orateur s’étonne dès lors que cette société civile, dit-il, qui a joué un grand rôle dans un passé récent n’arrive pas à poursuivre sa mission aujourd’hui ou le fait dans des conditions difficiles. C’est à l’Etat et aux partis politiques à pouvoir aider cette société civile à être un puissant relais. L’orateur affirme qu’aujourd’hui la critique à propos de tout a pris le pas sur l’organisation.
Il estime que le danger pour le mouvement associatif est de s’identifier à la course au pouvoir qui ne peut être le fait que des partis politiques. Le rôle de la société civile n’est pas d’être à l’intérieur du pouvoir, mais d’être la  conscience de celui-ci,  comme l’a déjà souligné Mme Benhabylès, relève l’orateur.
Ne pas politiser les associations
On ne doit pas politiser les associations. Entre les pouvoirs publics, la société politique et la société civile, il faut de nécessaires passerelles.
Aux questions posées par l’assistance, les orateurs ont tenu à apporter dans le débat de nécessaire éclaircissements.
Mme Benhabylès, questionnée sur son analyse de la société civile et du mouvement associatif, a rappelé qu’elle a rendu hommage à la société civile et que pour cela, il faut se référer à son intervention au cours de cette table ronde. L’ancienne ministre note qu’elle a été ministre de la Solidarité nationale et que c’est la société civile qui l’a littéralement portée à ce poste.
Une de mes principales missions, dit-elle, avait été de favoriser le développement de la société civile. Elle souligne qu’elle a eu l’occasion de relever le courage de ces nombreux citoyens, de ces femmes rurales à l’attitude faite de dignité qui était la leur. Quand l’Algérie a été mise en quarantaine durant la lutte antiterroriste, ce sont des personnalités de la société civile, du mouvement associatif qui ont sillonné le monde pour défendre la cause de leur pays.
Le lien association-parti politique est néfaste
C’est en 1997 que le danger est réapparu quand les partis politiques ont refait surface. Absents de 92 à 97 pendant les années les plus dures et les plus dramatiques, affirme Mme Benhabylès, alors que les services de sécurité, l’armée, la société civile faisaient face au terrorisme, l’exploitation partisane dont ils ont fait usage a considérablement gêné la société civile et le mouvement associatif. Pour ce qui s’est passé à Berriane, Chlef, Oran, le mouvement associatif n’a pas senti la jeunesse bouillonner, alors que si cela avait été le cas, elle aurait pu alerter les pouvoirs publics. C’est l’absence de coordination et de passerelles entre la société civile et les pouvoirs publics qui a manqué.
Le danger encore une fois, aux yeux de l’oratrice, réside dans la mise sous tutelle de la société civile à l’égard des partis politiques.
On n’ a pas le droit d’hypothéquer la vie d’une association
L’oratrice estime que l’on n’a pas le droit d’hypothéquer la vie d’une association au profit d’un parti politique. L’ancienne ministre relève que nous ne sommes pas sortis encore totalement de l’esprit et des pratiques des organisations de masse. Elles véhiculent leur politique. Ne soyons pas alors surpris de voir des associations soutenir des candidatures lors d’échéances électorales. L’oratrice affirme être opposée à la fermeture des espaces associatifs, mais qu’elle est favorable à ce qu’on mette le holà. Il y a des associations qui n’ont aucune représentativité. On peut se poser la question de savoir d’où tirent-elles le financement de leurs activités, alors que d’autres associations dont la présence sur le terrain social est apparente n’arrivent pas à trouver le moindre espace pour abriter leurs activités. L’oratrice affirme être celle qui souhaite semer toujours l’espoir. Elle refuse les situations où elle est obligée de faire du porte à porte pour développer ses activités et pour dire être réduite à la mendicité. Ce n’est pas acceptable, dit-elle.
Un groupe de réflexion pour une nouvelle stratégie
Elle rappelle la proposition qu’elle a faite aux autorités politiques de constituer un groupe de réflexion composée de personnalités de la société civile qui proposeraient une stratégie de redéploiement du mouvement associatif national.
Elle souligne une nouvelle fois qu’elle reste opposée à la fermeture d’espaces associatifs et relève que le processus démocratique peut se bonifier à travers une société civile réelle. On a besoin d’aide, mais il n’est pas question d’aliénation.
Pour M. Tazibt Ramdane, intervenant dans le débat en réaction aux questions posées par l’assistance, il relève que les associations liées aux partis politiques ne sont pas des sectes, suggérant qu’il ne faut pas se tromper de définition.
S’agissant des organisations professionnelles, ou estudiantines par exemple, elles ont un caractère interpartisan.
Pour l’orateur, il est nécessaire de réglementer le travail des associations, mais éviter de tomber dans le piège de la politique politicienne.
Une organisation qui est financée perd toute indépendance dans la réflexion, relève M. Tazibt, en évoquant le cas de ce type d’organisations. Il y a des problèmes et des situations, dit-il, qui dépassent le champ d’intervention des associations.
Il cite le cas où dans certaines villes ou villages, la situation de sinistre économique à Tissemsilt, dit-il, en citant cet exemple où il n’existe qu’une seule entreprise encore en activité dans le textile et sur le point d’ailleurs de fermer. Que peut faire le mouvement associatif local pour régler le problème de l’emploi des jeunes dans cette localité, s’interroge le vice-président de l’APN.
Subventions inutiles
Concernant les subventions extérieures, l’orateur affirme dans sa réponse que l’Algérie est en situation d’aisance financière, ce qui rend inutile ce type de subventions.
M. Khodja Mohamed rappelle qu’il a milité auprès d’autres pour la création d’assises du mouvement associatif en Algérie. Il relève que le mouvement associatif dans la région d’Alger a joué un rôle actif lors de la lutte engagée contre le terrorisme.
Durant la période des DEC, le mouvement associatif a tenu le rôle de Conseil consultatif communal en l’absence d’une assemblée locale élue et cela pendant plusieurs années, avant que le pays ne retrouve la stabilité et ne retrouve l’usage du suffrage universel et donc des élections.
Pour le président de commission au Conseil de la nation, c’est la bureaucratie qui constitue un frein au développement ou à la promotion du mouvement associatif.
Les situations de blocage peuvent néanmoins se régler au niveau des tribunaux.
L’orateur affirme qu’il ne peut exister de pouvoirs et de contre-pouvoirs, parce que la société civile doit être libre de ses mouvements. Son rôle est un rôle d’intermédiation sociale et d’action en faveur de la stabilité.
La société civile est à renforcer
Pour autant, l’orateur trouve que la société civile est encore mal organisée dans notre pays. Elle doit être renforcée. Revenant sur les déclarations du ministre de l’Intérieur, il affirme qu’il y a bien des associations qui n’activent pas du tout sur le terrain. C’est pour cela que dans certaines situations, comme pour la violence dans les stades, on ne voit pas de réponse de la société civile à ce phénomène : l’orateur précise que la gestion des associations est soumise aujourd’hui au contrôle d’un commissaire aux comptes.
L’orateur plaide pour qu’à l’avenir dans le cadre de la réforme, les associations soient soumises à un cahier des charges.
Il affirme qu’il faut encourager les associations à caractère culturel, bien qu’aujourd’hui l’ont soit bien conscient de la difficulté face à l’envahissement culturel extérieur et son influence sur la société et les jeunes en particulier.
Un passage obligé
Intervenant dans le débat, M. Moudjahed Smaïn, secrétaire général de l’UGEL, affirme que pour prétendre arriver au pouvoir, la société civile est un passage obligé.
Pour l’orateur, ce sont les questions du financement qui ont porté préjudice au mouvement associatif et à la société civile dans son ensemble.
Pour l’orateur, la fonction à l’intérieur du mouvement associatif ne peut se faire qu’à travers le bénévolat et le volontariat.
Il plaide pour l’autofinancement pour les associations, relevant que toutes les grandes associations sont en réalité affiliées à des partis politiques
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